Je remercie Audrey Mafouta-Bantsimba pour la relecture sensible du post Instagram qui m’a permis de développer cette sous-partie.
Ici, je me réfère aux tests de Duvernay et de Shukla. S’ils sont particulièrement intéressants pour leur taux d’échec, leurs critères nous donnent une première base sur laquelle nous appuyer et que je vous propose de compléter.
1) Avoir au moins deux personnages non blancs et nommés dans le livre :
Hors cas très particuliers, il est rare qu’un personnage évolue uniquement entouré de personnes blanches. Mais insérer des personnages non blancs n’est pas suffisants s’ils ne font qu’une brève apparition et ne possède pas une identité propre.
Nommer ces personnages a plusieurs intérêts : vous montrez que vous n’essayez pas de remplir un quota, vous humanisez le personnage, vous le construisez complétement.
2) Parlent-ils ensemble sans rapport avec un personnage blanc ?
Comme dans la sous-partie précédente sur les maladresses à éviter lorsqu’on crée un personnage féminin, les personnages issus de minorités ont des choses à raconter qui n’ont aucun rapport avec un personnage blanc. Mieux encore, des choses qui les concernent eux : leur travail, leur journée de la veille, etc.
3) Ont-ils un arc narratif développé ou sont-ils un faire-valoir des personnages blancs ?
Cette fois encore, je vous invite à vous référer à la sous-partie précédente. Vos personnages issus de minorités ne sont pas censés mettre en valeur vos personnages blancs. Ils doivent pouvoir exister indépendamment d’eux.
4) Les choses à éviter dans vos descriptions de personnages non blancs
Dans vos descriptions, utilisez-vous d’autres caractéristiques que les clichés habituellement véhiculés (ex : yeux bridés, lèvres pulpeuses). Pour un personnage blanc, on parlera de l’éclat du regard, du son de la voix, de qualités et défauts non physiques. Pourquoi en serait-il différent pour un personnage non blanc ?
Lorsque vous décrivez un personnage non blanc, il est important de préciser sa couleur de peau s’il n’y a aucun autre indice (ex : personnage représenté en couverture). En effet, dans l’imaginaire collectif, lorsque la couleur de peau d’un personnage n’est pas mentionnée, læ lecteurice imaginera celui-ci comme étant un personnage blanc.
Mais lorsque vous définissez la couleur de peau de votre personnage, il est préférable d’éviter les termes liés à la nourriture (par exemple : chocolat, caramel, etc.). En effet, cela contribue à une fétichisation des personnes issues de minorités.
De même, on évitera toute suggestion d’une présupposée animalité, comme le fait de comparer le personnage à une panthère ou un serpent, car celle-ci déshumanise le personnage et peut avoir une connotation sexuelle.
5) Se renseigner sur les termes offensants
En complément des notions du dernier point, il est important de se renseigner sur les termes que vous utilisez – et surtout, d’écouter ce que disent les personnes concernées.
Par exemple, le terme « crépu » est offensant. En effet, comme l’explique Nsibetum dans sa vidéo pour la BBC « le terme crépu est une insulte », ce mot se rapport à la base au poil d’une bête. Il est donc malvenu de l’utiliser pour un être humain.
Certain·e·s auteurices issu·e·s des minorités concernées peuvent utiliser des termes qualifiés par d’autres personnes concernées d’offensant. Il s’agit de réappropriation du terme et il serait malvenu d’un·e auteurice non concerné·e de faire de même.
6) Ne pas oublier de faire le lien avec ses origines
C’est Kyara Moe qui en a parlé sur son compte. D’ailleurs, je vous recommande de la suivre, car ses posts sont toujours très enrichissants.
Tous les personnages ont un bagage culturel. Si pour les personnages blancs, on l’inclut de manière instinctive, on a tendance à l’oublier pour les personnages non blancs. Pour reprendre l’exemple de Kyara, un personnage noir n’est pas juste noir, même s’il porte un prénom occidental et a toujours vécu en Europe. Parce que les parents transmettent des valeurs culturelles également. Ce qui peut s’exprimer par des tics de langage, une façon de vivre, un style vestimentaire…
Et pour déterminer ça, il est essentiel de donner des origines précises à votre personnage, et pas seulement un continent, puisqu’il n’y a pas une culture continentale, et que cela varie d’un pays à l’autre (d’ailleurs, même au sein d’un pays, la culture peut être différente, donc renseignez-vous).
7) Ne pas hésiter à faire appel à des lecteurs sensibles
Nous l’aborderons plus en détail dans la partie suivante sur la relecture, en quelques mots, ici, il s’agit de faire appel à une personne concernée qui a conscience des biais (par exemple, si vous avez choisi de créer un personnage coréen ou d’aborder la culture coréenne, vous devrez demander à un·e Coréen·ne) pour relire a minima vos descriptions et les passages où vous évoquez la culture. Ses retours vous permettront d’éviter les maladresses et biais racistes.
Je vous recommande le compte de Laura Nsafou : @mrsrootsbooks que Audrey m’a recommandé et sur lequel on peut notamment retrouver des conseils pour décrire des coiffures ou des peaux noires ainsi que des publications sur la représentation des femmes noires dans la littérature.