Avant de vous expliquer le fonctionnement, j’aimerais parler de l’importance de l’écriture inclusive et démystifier quelques clichés qui l’entourent.

Commençons par le point le plus important : il n’y a aucune obligation d’écrire ses romans en écriture inclusive ou neutre.
Les personnes qui encouragent l’écriture inclusive et neutre ne souhaitent pas l’imposer dans tous les romans et histoires fictives. Ce serait un non-sens. De même que dans la vie de tous les jours, dans les histoires, il y a des personnages binaires, dont les pronoms seront « il » ou « elle ». Ne nous mentons pas, il s’agit d’une majorité de personnes et de personnages.
Ce qui est demandé, c’est que l’écriture inclusive ou neutre soit respectée par celleux qui en font la demande, et ce, sans qu’iels aient à se justifier.
J’ai choisi d’écrire ce guide en écriture inclusive, parce que je ne veux pas m’adresser que aux hommes – ce que j’aurais l’impression de faire en accordant au masculin bien qu’il soit considéré aujourd’hui comme l’accord neutre –, ni que aux femmes en accordant au féminin, mais bien à l’ensemble de ces deux genres, et également aux personnes qui ne se reconnaîtraient dans aucun d’entre eux. C’est ma façon de dire que nous sommes toustes légitimes à écrire et publier.
Pour mon troisième recueil de poésie, je voulais que n’importe qui puisse y lire l’histoire qu’iel voulait. Que la personne toxique ou la victime que j’y décris soit un homme, une femme, une personne non binaire, agenre ou genderfluid, le message reste le même. D’autres de mes projets d’écriture n’utilisent pas l’écriture inclusive et c’est totalement ok. 

En revanche, être contre l’écriture inclusive ou neutre, c’est de l’enbyphobie et de la transphobie intériorisée.
L’écriture inclusive, et encore plus l’écriture neutre, n’est pas qu’une question d’égalité homme-femme. Il s’agit de donner de l’espace à des personnes qui ne se reconnaîtraient dans aucun de ces deux genres, ou encore dans plusieurs. Être contre l’écriture inclusive revient à ne reconnaître que les deux genres binaires, et donc, c’est de l’enbyphobie (à prononcer N-bi-phobie, puisque cela vient de non-binaire) et donc une forme de transphobie (la non-binarité appartenant au parapluie de la transidentité).
Faire valoir, comme c’est souvent le cas, le fait que l’écriture inclusive ou neutre est trop complexe pour que vous l’utilisiez revient à dire que votre confort intellectuel est plus important que le fait de genrer correctement votre interlocuteurice. Je ne m’étendrai cependant pas sur ce sujet puisque le sujet de ce guide pratique est l’écriture. Néanmoins, si le sujet vous intéresse, je vous recommande Une histoire de genres, guide pour comprendre et défendre les transidentités de Lexie.

Moi, je n’ai pas appris l’écriture inclusive ou neutre à l’école, mon cerveau ne peut pas s’y habituer.
Moi non plus. J’ai découvert l’écriture inclusive, je devais avoir vingt ans. Alors peut-être que comme j’étais toujours dans les études, il m’a été plus facile de l’apprendre. Encore que, il m’arrive de me tromper parfois et d’oublier des accords. En 2024, j’ai lu mon premier livre en écriture neutre, et j’ai réussi. 
Et puis, je peux vous parler de ma mère. Elle a une cinquantaine d’années et n’a pas étudier l’écriture inclusive. Elle l’a découvert par le biais d’un de mes recueils. À la fin de sa lecture, elle m’a dit qu’au début, c’était un peu complexe, mais qu’on s’y habitue.
Alors oui, c’est une gymnastique intellectuelle, ça l’a été pour moi aussi, mais nous sommes toustes (hors troubles neurodéveloppemental) capables de faire cet effort si on s’en donne les moyens.

L’écriture inclusive ou neutre est plus complexe pour les personnes dys-.
Aucune étude n’a été menée sur le sujet. Je suis donc dans l’incapacité de vous dire, sur une base scientifique, si l’écriture inclusive ou neutre est plus complexe à lire pour les personnes dys-, ou au contraire leur facilite la lecture.
J’ai donc cherché des témoignages de personnes concernées. Et les avis divergent. Il n’y a pas qu’une façon d’être dyslexique, dysgraphique, etc. Néanmoins, beaucoup (encore une fois, aucune étude n’ayant été réalisée, je ne peux pas donner de chiffre) trouvent que le point médian aérant le mot, la lecture s’en trouve facilitée.
Je n’ai pas trouvé d’avis développé concernant l’écriture neutre.
Si l’on pousse nos recherches un peu plus loin, on apprend que le problème principal de la dyslexie est le décalage entre la phonie et la graphie, c’est-à-dire entre ce qu’on entend et ce que l’on écrit. Or, lorsqu’elle est correctement prononcée, l’écriture inclusive peut au contraire être une aide. Prenons l’exemple du mot « heureux ». En écriture inclusive, on le prononcerait « heureu-kze ». Le « x » habituellement mué serait donc prononcé.

L’écriture inclusive et neutre n’est pas adaptée aux synthèses vocales ni au braille.
Effectivement, l’écriture inclusive et neutre n’est pas correctement lue par les synthèses vocales, mais elle n’est pas totalement illisible non plus (contrairement à l’encodage de certaines images par exemple). Néanmoins, n’est-ce pas les logiciels que nous devrions adapter à cette évolution plutôt que ne pas évoluer ? Jusqu’à il y a peu, les livres numériques étaient souvent mal encodés pour être correctement lus par les synthèses vocales, pourtant, c’est bien la technologie que nous avons fait évoluer plutôt que d’interdire les livres numériques, et cela parait somme toute logique.
Pour le braille, je ne vais pas mentir, je ne le lis pas et ne l’écris pas. Je ne suis donc pas expertˑe de la question, bien que j’aie fait des recherches pour l’un de mes projets d’écriture. En braille, il existe le symbole du tiret, qui pourrait tout à fait remplacer le point médian pour inscrire l’accord inclusif ou neutre. Et tout comme le français, pour lequel le point médian n’était pas utilisé, il semble tout à fait possible de créer un symbole et d’adapter le braille à l’écriture inclusive et neutre.

Mais ne nous leurrons pas, pour beaucoup, vous ne vous souciez de l’accessibilité que lorsque qu’elle vous permet de défendre vos idées. Autrement, ce n’est pas votre sujet de préoccupation. D’ailleurs, bon nombres d’auteurices que j’ai vu·e·s prendre position contre l’écriture inclusive ou neutre produisent des EPUB non NAC, c’est-à-dire illisibles par les synthèses vocales, ou avec des typographies illisibles par des personnes dys-. Si l’accessibilité était vraiment dans vos préoccupations, vous commenceriez par là.

Maintenant que nous avons démystifier les arguments principaux contre l’écriture inclusive ou neutre, voyons comment ça fonctionne.

La différence entre l’écriture inclusive et l’écriture neutre.
La différence entre les deux écritures est assez mince : l’écriture inclusive a pour objectif de représenter tous les genres alors que le neutre ne peut représenter qu’un groupe de personnes non binaires (selon les Règles de grammaire neutre et inclusive, Divergenres, 2021, Quebec).
Aucune de ces deux écritures n’est meilleure ou plus qualitative que l’autre. Si vous n’avez aucune contrainte, sentez-vous libre d’utiliser celle que vous préférez. Pour ma part, je préfère l’écriture inclusive et c’est celle que j’utilise en écriture.

Méthode numéro 1 : l’écriture épicène
L’écriture épicène vise à utiliser un maximum de termes dont le féminin et le masculin ont la même écriture ou à reformuler afin de ne pas avoir besoin d’accord.
Ainsi on parlera d’élèves plutôt que d’étudiantˑeˑs.

Pour les accords, plusieurs règles pourront être utilisées : 
•    répéter systématiquement l’accord masculin et féminin : les élèves sont marrants et marrantes.
•    utiliser l’accord de proximité : on accordera alors avec le sujet le plus proche : Martin et Rosalie sont allées au marché.
•    utiliser la féminine universelle : c’est-à-dire utiliser l’accord féminin quoi qu’il arrive : Rosalie et Martin sont allées au marché / elle pleut.

Néanmoins, l’écriture épicène a pour de défaut de ne pas inclure la non binarité dans le processus. Il s’agit donc d’une écriture qui sera plus utilisée dans le cadre de l’égalité hommes femmes.

Méthode numéro 2 : utilisation de pronoms neutres, point médian ou æ
C’est la méthode que j’utilise et que j’ai utilisée dans ce guide.

Dans l’idée, si nous ne disposons pas de certitudes quant au genre de notre interlocuteurice, ou si cellui-ci se genre au neutre, ou que dans un groupe, il y a au moins deux genres différents qui sont représentés, alors, on utilisera une formulation inclusive et on marquera l’accord à l’aide de point médian.
Certain·e·s préfèreront remplacée le « é·e » par « æ » ou « ae ». Il me semble que pour les personnes dys-, ces deux dernières graphies sont moins accessibles (puisque la phonie diffère de la graphie).

Par exemple : maon correspondantˑe arrive de Séoul aujourd’hui, je ne sais rien d’iel.
Martin et Rosalie sont alléˑeˑs au marché / Martin et Rosalie sont allæs au marché.
Saon amiˑe est non-binaire, æl préfère le neutre.

Dans ces exemples, j’ai volontairement utilisé plusieurs pronoms neutres et il n’y a pas vraiment de mode d’emploi les concernant. Dans la vie de tous les jours, la personne pourra vous dire quel pronom elle préfère. Mais dans un guide pratique ou dans un roman, comment choisir ?

Je n’ai pas de réponse. Dans ce guide, j’ai choisi le pronom « iel » qui est le plus connu. Et c’est majoritairement pour ça que je l’ai utilisé ici.

Les pronoms sont propres à chacunˑe, et on n’a pas forcément d’arguments conscients pour préférer un pronom plutôt qu’un autre.
Certainˑeˑs n’aiment pas le pronom « iel » car cela ressemble trop à la contraction de « il » et « elle » et ces personnes ne se reconnaissent pas forcément dans les deux genres. De même, on peut reprocher au pronom « ael » d’être trop proche du féminin, etc.
Il en existe plusieurs dont : iel, ielle, æl, ælle, ille, ol, olle, ul, ulle. Cette liste n’est pas exhaustive et je vous invite à faire vos propres recherches.
Selon la fonction du pronom (sujet, COD, COI), la forme peut changer. 
Prenons la phrase : 
« il lui envoie une lettre, à lui, pour lui proposer de sortir avec lui ». Si on met tous les accords au féminin, cela nous donnera les pronoms à changer : elle lui envoie une lettre, à elle, pour lui proposer de sortir avec elle.
Selon le pronom neutre que l’on choisira, la phrase n’évoluera pas de la même façon : iel lui envoie une lettre pour lui proposer de sortir avec ellui (contraction de elle + lui). Æl lui envoie une lettre pour lui proposer de sortir avec æl.
Et ce changement sera le même pour celle/celui qui pourra devenir cellui, cæl, cille, etc.

Pour les articles et déterminants, le fonctionnement est – à mon sens – plus simple : on va prendre les formes féminines et masculines pour donner une version neutre : 
•    sa et son deviennent saon
•    un et une deviennent unˑe
•    cet et cette deviennent cetˑte
•    etc.

Pour les accords, on utilisera le point médian quand la graphie pourrait entraîner une confusion entre l’accord inclusif et l’accord féminin par exemple : Iels se sont inscritˑeˑs à un atelier d’écriture. Ici, si « inscrites » était écrit sans point médian, cela pourrait s’apparenter à un accord féminin. En revanche, on pourra écrire certains termes sans point médian quand aucune confusion n’est possible : auteurice, traducteurice, heureuxse, etc.

Méthode numéro 3 : l’écriture neutre
Et enfin, l’écriture neutre. Ce n’est pas beaucoup plus difficile que l’écriture inclusive, seulement, après chaque accord, on ajoutera un « x » si on ne connait pas le genre d’une des personnes mentionnées.
Ainsi, on écrira : iels se sont inscritˑeˑsˑx à un atelier d’écriture. Je vais voir unˑeˑx nouveauˑlleˑx docteurˑesseˑx.


eriel_quill

📚 Poétesse & Correctrice autdah engagée pour l'édition responsable 📚

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