Souvent, quand on se pose la question d’écrire sur une thématique qui ne nous concerne pas, et de notre légitimité à le faire, c’est que cette thématique est liée à une minorité, donc une catégorie de personnes déjà au moins partiellement invisibilisée. Et c’est là qu’intervient notre premier devoir en tant qu’auteurice : nous devons porter les voix de ces personnes plutôt que de les étouffer sous la nôtre.
En clair, on ne doit pas faire passer nos intérêts avant les leurs. Nous devons diffuser clairement leur message, et pas un autre.
La diffusion de ce message, il passe en premier lieu par une représentation juste et fiable. Il est essentiel de garder à l’esprit qu’une mauvaise représentation fait plus de mal que pas de représentation du tout. En effet, une représentation qui ne serait pas juste peut renforcer des stéréotypes et clichés et participer ainsi à l’oppression de ce groupe de personnes déjà opprimées.
La thématique ne doit pas être uniquement un argument commercial. Cela fait évidemment partie de l’identité de notre livre, ou au moins des thèmes de celui-ci. Mais il nous faut nous souvenir que ce qu’on écrit sans être concerné·e, certains le vivent au quotidien. Nous ne devons pas écrire quelque chose seulement parce que ça semble être la thématique à la mode ou que ça semble bien se vendre, mais parce que ça nous tient à cœur et que ça fait partie de nos valeurs.
La promotion de notre livre doit pouvoir se passer de cet argument. C’est ok de dire que nous offrons de la représentation LGBTQIA+/handi/etc., mais pas de baser toute notre stratégie marketing autour de ça. D’autant que les personnes concernées refusent pour la plupart d’être définie uniquement par leur genre, leur orientation sexuelle, leur handicap, leur ethnie, etc.
Tout comme on n’écrit pas sur une thématique parce qu’elle est à la mode, on ne cherche pas à remplir des histoires de quota. Oui, les tests de Bechdel et similaires permettent d’avoir une idée du niveau de représentation offert par le livre, mais dans la fiction comme dans la vraie vie, la représentation n’est pas une histoire de chiffres. Ce sont de vraies personnes et de vraies histoires.
Si nous choisissons d’écrire sur une thématique qui ne nous concerne pas, nous devons l’assumer ouvertement. Laissez planer un quelconque doute est néfaste pour plusieurs raisons : déjà parce que nous participerions à invisibiliser les personnes concernées : on ne leur laisserait pas la place pour parler. Ensuite parce que si la représentation est mauvaise, nous participerions à véhiculer des clichés et stéréotypes. Enfin parce que cela reviendrait à tromper notre lectorat.


eriel_quill

📚 Poétesse & Correctrice autdah engagée pour l'édition responsable 📚

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