Comme je le mentionnais dans la sous partie précédente, certaines personnes trans peuvent utiliser ces expressions afin de se les réapproprier. En revanche, utilisées par une personne non-concernée, ces expressions sont considérées comme offensantes.

Je vous conseille à ce sujet les livres de Lexie et Morgan Noam Lucas : Une histoire de genres, guide pour comprendre et défendre les transidentités et Ceci n’est pas un livre sur le genre.

1) Parler de læ trans

Le terme « trans » (qui est l’abréviation de transgenre) est un adjectif et non un nom commun. Au même titre que l’on ne devrait pas dire « læ cis » pour parler d’une personne qui se reconnaît dans le genre qui lui a été assigné à la naissance.

Votre personnage n’est pas sa transidentité. Bien sûr que ça peut être une partie importante de sa construction, ça le sera sûrement, mais ne læ définira jamais pleinement. Votre personnage a bien un prénom, une vie, des études, un métier, des passions, etc. Il est donc incorrect d’écrire dans une narration « læ trans rejoint ses amis ».

2) Transsexuel·le / Transsexualité/ Transgenrisme

Cette expression n’est plus utilisée (ni même par la majorité des concerné·e·s) puisqu’elle confond les notions de sexe et de genre qui sont en réalité indépendantes : en effet, il existe des femmes avec un pénis, des hommes avec un utérus, des personnes non-binaires avec pénis, des personnes non-binaires avec utérus.

Le terme transsexuel est également pathologisant, puisque historiquement, le transsexualisme a été catégorisé comme trouble mental dans les années 1980. Aujourd’hui, de nombreux psychologues et psychiatres, dont le DMS5 et l’association américaine de psychologie, ont établi que la transidentité n’est pas une maladie.

On n’utilisera pas non plus le terme “transgenrisme” qui revêt également cette dimension pathologisante. D’autres définitions le qualifient d’idéologie prédatrice et autoritaire étroitement liée à la culture du viol.

On parle donc de personne transgenre et de transidentité.

3) Parler de transformation

Ici, il s’agit d’un problème de vocabulaire : une personne trans n’est pas un Pokémon, elle ne se transforme pas, elle transitionne.

Au-delà du vocabulaire qui est incorrect, au niveau du sens, le terme “transformation” renvoie une mauvaise image de la transidentité puisqu’elle sous-entend que la transition implique nécessairement un changement corporel ou du moins, un changement que l’on peut observer/entendre.

Or une transition peut effectivement être chirurgicale ou hormonale, mais elle peut également être sociale, c’est-à-dire que la personne demande à son entourage (ou une partie) de lae genrer différemment et d’utiliser des pronoms différents.

Dans les trois cas, on parlera donc de transition !

 

4) Pas une vraie femme/un vrai homme

Le genre est une construction sociale et n’a pas de lien avec la biologie, les organes génitaux ou les taux d’hormones. Parler de « vrais hommes » et de « vraies femmes », c’est dire que les personnes trans sont de fausses personnes : pas suffisamment réelles pour se reconnaître dans leur genre de naissance, pas assez vraies pour correspondre aux critères du genre opposé.

Ça sous-entend également qu’il y aurait une bonne et une mauvaise façon d’être un homme ou une femme. Et cela peut également impacter les personnes cis (qui se reconnaissent dans leur genre de naissance). On l’a vu pendant les Jeux Olympiques de Paris 2024 où la boxeuse algérienne a été soupçonnée de cacher sa transidentité.

5) On ne dirait pas qu’iel est trans

Cette réflexion encourage l’idée qu’il est nécessaire de masquer sa transidentité et de se fondre dans la masse en reprenant les codes des personnes cis selon notre société. Une transition ne serait aboutie que lorsqu’elle passerait inaperçue, ce qui renforce la transphobie et la marginalisation de celleux qui ne correspondraient pas à ces codes.

Mais il y a aussi les notions de non-binarité ou d’identité de genre fluide pour lesquelles je vous renvoie vers les deux livres que j’ai cités plus tôt. En très bref, la non-binarité, c’est le fait de ne se reconnaître ni dans le genre masculin, ni dans le genre féminin et ça s’exprime de manière très différente en fonction des personnes.

Avoir une identité de genre fluide s’exprime aussi différemment en fonction des individu·e·s, une personne genderfluid peut se reconnaître en alternance dans les genres féminin et non binaire, dans les genres féminin et masculin, dans les genres masculin et non binaire, comme se reconnaître dans les trois genres. Son identité de genre peut donc varier d’un jour à l’autre sur des périodes plus ou moins longues.

Dans votre roman, on peut voir cette phrase par exemple dans une narration externe ou comme commentaire d’un personnage au sujet du personnage trans.

6) Il/elle/iel se sent hélicoptère de combat

Cette expression vise essentiellement à discréditer la non-binarité en la présentant comme une déshumanisation et même une objectification. Or on le dit, on le répète depuis le début de cette sous-partie, le genre est une construction sociale et la non-binarité existe (et elle existe depuis longtemps et pas qu’en Occident).

7) Déterminer la transidentité/la non-binarité au physique du personnage

Le contexte est important pour cette maladresse : admettons que votre personnage principal rencontre un autre personnage masculin qui lui semble efféminé. Si le personnage principal conclut précipitamment que l’autre personnage est trans, c’est une position transphobe. Comme on l’a dit précédemment, il n’y a pas de physique propre à la transidentité, ni à la non-binarité, ni à l’identité de genre fluide. On ne peut être certain·e de la transidentité d’un personnage (et plus largement d’une personne dans la vie réelle) que si iel fait son coming out, c’est-à-dire nous révèle sa transidentité.

Écrire un personnage qui « devine » la transidentité, non-binarité ou identité de genre fluide d’un autre personnage à son physique est possible, à la condition que ce soit démenti. Pas forcément dans l’immédiat, lae personnage peut effectivement être trans, mais réaborder le sujet par la suite pour expliquer que c’est incorrect et en quoi c’est incorrect est obligatoire.

Si vous ne voyez pas en quoi cette situation est incorrecte : eh bien læ personnage peut parfaitement être cis et pourtant être un homme qui s’habille selon les codes de notre société avec des vêtements du rayon femme, avoir les cheveux longs, porter du vernis à ongles, etc., ou être une femme avec un style dit « masculin », des cheveux courts, ne jamais mettre de jupes ou de talons, etc. Je reste dans des clichés, mais vous avez l’idée : les normes d’un groupe ne définissent pas et n’influent pas sur l’identité de genre d’une personne.

8) Insister sur le deadname, ce qu’iel a entre les jambes, utiliser les mauvais pronoms

Ici, ce sont des comportements transphobes que l’on retrouve couramment dans notre société, mais qui ne sont pas pour autant acceptables.

Le deadname : c’est le sujet qui attise de nombreuses curiosités : comment s’appelait la personne trans avant d’adopter son prénom actuel ? Dans le cadre d’un roman, vous avez deux possibilités : vous présentez votre personnage avant, pendant et après sa transition, et dans ce cas, il est logique de connaître son ancien nom puis le nouveau. Ou vous présentez votre personnage une fois sa transition entamée et dans ce cas, il n’y a pas de raison de communiquer l’ancien nom de votre personnage s’iel ne l’utilise plus. Dans la série Skam par exemple, Max est un homme transgenre. Sa transition étant effectuée, on ne connaîtra pas son ancien prénom puisque cela ne présente aucun intérêt dans la construction du personnage. De même, on ne saura pas s’il a fait une chirurgie génitale. 

La curiosité pour ce qui se situe dans le pantalon des personnes trans est totalement malsaine. Si vous décriviez une personne cis, cela ne vous viendrait pas à l’esprit de préciser qu’elle a un vagin ou un pénis. Eh bien c’est la même chose pour une personne trans.

Pour ce qui concerne les pronoms, c’est à peu près le même principe : si vous créez un personnage femme, il ne vous viendrait pas à l’esprit de dire « il » dans la narration en parlant d’elle. Pour un personnage trans, ce n’est pas acceptable non plus.

9) La transidentité de votre personnage n’a pas forcément besoin d’être un élément de l’intrigue

Ce que je veux dire, c’est que vous pouvez présenter un personnage trans qui a déjà fait sa transition. Il existe et vit sa vie comme n’importe qui : il étudie, a un travail, des relations amicales et amoureuses.

Bref, c’est une personne qui n’est pas définie par sa transition, même quand elle est en cours de transition.

10) Nier la transphobie de notre société

La transphobie existe et il serait incorrect de nier cela y compris dans vos écrits. 

La transphobie n’est pas une peur des personnes trans, mais une attitude hostile ou discriminatoire envers les personnes trans. On a déjà évoqué plusieurs exemples de transphobie ordinaire dans les paragraphes précédents, mais il ne faut pas oublier que certaines personnes trans sont rejetées par leur entourage quand iels font leur coming out, se voient suggérer qu’il ne s’agit que d’une phase ou qu’iels veulent suivre la mode, etc.

La transphobie existe, mais surtout, la transphobie tue. Et la mettre en lumière permet non seulement d’alerter les personnes qui n’en n’auraient pas conscience, mais également de sensibiliser et lutter contre l’oppression.

Pensez à bien vous renseigner en fonction des époques et des pays sur les oppressions que les personnes trans et non binaires pouvaient/peuvent encore subir.


eriel_quill

📚 Poétesse & Correctrice autdah engagée pour l'édition responsable 📚

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