Rappel : bien qu’il vaille mieux éviter ces clichés ou maladresses, il est parfaitement possible de les exploiter.
1) Commencer son roman par le réveil d’un personnage
S’il s’agit d’une façon simple de commencer son roman, en général, ce n’est pas la plus efficace.
En flânant dans une librairie, un·e lecteurice feuillettera sûrement les premières pages pour avoir une idée du style. Les premiers mots sont donc primordiaux. Un début accrocheur pourra achever de convaincre un·e lecteurice. Sur les sites de ventes, il est également d’usage de laisser un extrait.
2) Décrire un personnage par le biais d’un miroir
Il est courant que pour décrire un·e personnage de læ faire se regarder dans un miroir et d’en lister les caractéristiques. Seulement, cela n’est pas toujours crédible. Au quotidien, quand vous vous regardez dans un miroir, vous ne vous faites pas un monologue de votre description dans votre tête.
Le miroir peut être une bonne idée pour des actions précises. Par exemple, lorsque votre personnage se maquille, il est crédible qu’il prête attention à son grain de peau, ses imperfections, etc.
De même pour les descriptions de tenues, il est peu probable au milieu de la journée qu’un personnage prenne le temps d’analyser sa tenue. En revanche, le matin au moment de choisir sa tenue, oui.
3) Les personnages qui ont ce qu’il faut là où il faut
Toujours dans la description, dire d’un personnage qu’il a « ce qu’il faut, là où il faut ». Les problèmes de cette expression sont multiples. Premièrement, elle ne décrit pas grand-chose : d’une personne à l’autre, « ce qu’il faut là où il faut » ne se réfèrera pas aux mêmes caractéristiques. Deuxièmement, cette expression se réfère surtout aux caractères sexuels. Or si je vous demande de décrire un·e ami·e, il est peu probable que vous m’évoquiez la taille de sa poitrine ou sa ceinture d’Appolon marquée.
4) Les descriptions en « il y a », « il/elle/iel a » ou similaire
Il s’agit ici d’une maladresse stylistique. À trop multiplier les « il y a », on donne rapidement l’impression d’une liste de courses et læ lecteurice peut décrocher de sa lecture.
Par exemple, préférez-vous lire : « elle a des cheveux bruns qu’elle a attachés en chignon. Elle a des lunettes qui cachent ses yeux noisette. Il y a un pendentif poisson qui décore son cou sur lequel elle a de nombreux grains de beauté ».
Ou : « ses cheveux bruns attachés en chignon lui donnent un air d’artiste en pleine création. Elle réhausse à intervalle régulier ses lunettes qui cachent ses beaux yeux noisette. Elle ne remarque même pas que je suis entré dans son bureau. Le soleil encore timide de ce début de matinée se reflète sur son pendentif en forme de poisson qui se noie au milieu de ses grains de beauté. »
5) Bombarder le lecteur d’informations
Toujours dans les descriptions, mais cette fois, cela se rapporte plus à l’univers, il faut éviter de noyer læ lecteurice sous une grosse dose d’informations. Il vaut mieux les introduire petit à petit.
De plus, s’iel est noyé sous trop d’informations, læ lecteurice aura tendance à en oublier une partie ou à décrocher du roman.
6) Les questions idiotes pour expliquer
C’est lié au point précédent : souvent, on pense qu’un dialogue sera moins barbant que la narration pour expliquer certains points. On mettra donc en scène deux personnages : l’un qui pose des questions, l’autre qui explique.
Or dans certains cas, c’est totalement incohérent. Par exemple, imaginez si Dark Vador posait des questions sur ce qu’est un sabre-laser, comment ça s’utilise, etc.
Par ailleurs, on évitera aussi de justifier des explications à rallonge d’un personnage par des répliques comme « oh la la, mais qu’est-ce que tu es long dans tes explications ». En tant qu’auteurice, on a la possibilité d’utiliser le discours narrativisé, c’est-à-dire de sortir du discours pour revenir dans la narration et synthétiser les paroles (ex : au lieu d’écrire « tu prends deux œufs, 125 g de farine et du lait, tu mélanges bien, tu prends une poêle, et tu fais cuire », on peut écrire « il me donna toutes les instructions pour faire des crêpes »).
7) Le combat 1 vs 15 où les adversaires attendent leur tour
Il arrive que notre héros·ïne doive affronter un groupe de personnes. Le combat est donc perdu d’office, læ héros·ïne est en infériorité numérique. Mais plutôt que faire perdre le combat à læ héros·ïne, certain·e·s auteurices feront le choix d’adversaires qui viendront un·e par un·e à tour de rôle.
Ce n’est pas très crédible : en général, læ héros·ïne va réussir à dominer un·e par un·e ses adversaires. Or les adversaires n’ont aucune raison de laisser gagner notre héros·ïne. Pourquoi, en voyant qu’iels ne parviennent à læ battre à la loyale, ne l’affrontent-iels pas à la déloyale pour atteindre leur but ?
8) L’absence de consentement et de réalisme dans les scènes sexuelles
Lorsque des romans comportent des scènes de sexe, il n’est pas rare que celles-ci occultent le consentement ou manquent de réalisme.
Il est important que les scènes de sexe dans les romans soient réalistes, car elles contribuent à l’éducation de certain·e·s lecteurices. Ainsi, la notion de consentement est plus que primordiale. Et non, cela ne va pas sortir læ lecteurice de sa lecture ni nuire à la tension entre les personnages.
Dans Ces prières que je fais dans le noir, Nine Gorman et Marie Alhinho écrivent :
« – Je ne te toucherai pas avec un « peut-être » […].
– Et si je dis oui ? ».
L’ambiance n’est pas affectée et cela diffuse un message fort : le consentement s’exprime seulement par le mot « oui ».
Par ailleurs, la contraception est encore trop peu incluse dans les romans. Mentionner l’utilisation d’un préservatif ou d’une digue dentaire ne nuira pas à la sensualité de la scène. Dans la littérature, les protections ont souvent tendance à disparaître mystérieusement après l’orgasme. Pensez à préciser que les personnages s’en débarrassent.
Rappelons également qu’un rapport sexuel ne se résume pas à la pénétration et ne s’arrête pas avec l’orgasme d’un ou plusieurs personnages. Après un rapport, il est conseillé d’aller aux toilettes pour éviter une cystite, de se nettoyer, etc. Les personnages peuvent s’accorder un moment de tendresse, se proposer un verre d’eau, discuter, etc.
Je précise qu’il n’est pas obligatoire d’inclure des scènes de sexe dans un roman. Chaque auteur·ice est libre d’en écrire ou non.