Pour celleux qui n’aiment pas lire de longs articles, je vous fais un très bref résumé : oui. Si vous souhaitez une réponse argumentée, alors bienvenue dans un condensé de ma réflexion.

Avant même de parler de commercialisation de la poésie contemporaine, il me faut définir ce qu’est la poésie contemporaine. Et ce n’est pas chose aisée.

La poésie a toujours revêtu de nombreux visages. Si la poésie classique se reconnaît notamment à la forme de ses poèmes, comme le sonnet, la poésie contemporaine s’est défait de cette obligation formelle. Il est donc impossible de la définir par ce biais-là.

Jean-Pierre Siméon, directeur du Printemps des Poètes, s’essaye à une définition : « La poésie c’est joli, la poésie c’est la rime, la poésie c’est le rêve ». Mais il est simple de contredire cette affirmation : le joli est subjectif, et un critère subjectif ne peut être la base d’une définition. La rime n’est pas toujours présente, que ce soit dans la poésie classique ou dans la poésie contemporaine. Quant à la notion de rêve, Jean-Pierre Siméon se contredit lui-même puisqu’il écrit également qu’un « poète ne parle pas en hors du réel ».

Peut-être que cette dernière information est celle qui définit le mieux la poésie. La poésie, c’est le réel : celui du poète, mais aussi, celui du lecteur. Si l’on s’intéresse à la poésie jeunesse, la poésie est, pour le lecteur, une préparation au réel. Mais j’axerai ici mon propos sur la poésie que nous qualifierons de Young Adult, celle écrite par et pour les jeunes, un public allant d’environ 15 à 30 ans.

La poésie est un art de l’intime. De l’introspection. Et également de la résilience. C’est ce que l’on retrouve dans les oeuvres de Pauline Bilisari, Laura Mahieu, Fantin Martinet, Mahuna Vigam, Audrey Mafouta Bantsimba, et de tant d’autres poètes dont j’admire le travail.

Et c’est justement cette intimité qui pose problème aux yeux de certains. Pour eux, s’il s’agit d’un art de l’intime, alors toute commercialisation de celui-ci vient nuire à sa sincérité. Et ce reproche, évidemment, n’est fait qu’aux contemporains… Il ne viendrait à l’esprit de personne de dire à Baudelaire ou Verlaine que leur poésie n’en est pas car ils sont publiés.

Mais pourquoi la commercialisation viendrait nuire à la poésie ? J’avoue ne pas avoir débattu outre mesure avec la personne qui défendait une pareille ineptie, alors je vais émettre des hypothèses et y répondre.

Peut-être que dans l’imaginaire collectif, qui dit financement sous-entend influence et privation de liberté. Déjà, il faut prendre en compte que la plupart de la poésie contemporaine est publiée en autoédition, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’éditeur qui effectuerait une potentielle censure. Et même là, le monde de l’édition actuel fait que l’éditeur sait dans quel projet il s’engage avant de signer, puisqu’on soumet des manuscrits achevés. Ils seront bien entendus retravaillés, mais un éditeur ne s’engagera pas sur des valeurs qui sont pas en adéquation avec les siennes.

Si on déplace le problème vers les lecteurs, qui sont le seul point commun des deux méthodes de publication, on le retrouve aussi quand aucune commercialisation du texte n’est faite. Sur les réseaux sociaux, de nombreux poètes partagent leurs écrits et sont soumis à l’appréciation du public.

D’ailleurs, tous les poètes classiques avaient également un public et beaucoup d’entre eux étaient subventionnés par des mécènes qui avaient donc plus de pouvoir de censure qu’une maison d’édition.

Argument contré, on peut passer au suivant.

Peut-être que l’argent salirait l’art, mais la réflexion de la personne portait exclusivement sur la poésie. L’art doit, aux yeux de certains, rester une passion, avec laquelle on ne peut pas gagner sa vie. Est-ce par crainte d’une forme de censure comme évoqué plus haut ? Ou parce que artiste et auteur ne sont pas de vrais métiers à leurs yeux ?

Mais dans le même temps, l’une des premières questions qui nous sont posées quand on est auteur, c’est de savoir si on en vit et si on est publié.

D’ailleurs, j’irai un cran plus loin dans ma réflexion avant de vous laisser : beaucoup ne considèrent pas comme poètes ceux qui ne publient que sur Instagram. Donc lorsqu’on ne commercialise pas nos écrits, nous ne pouvons pas nous considérer comme poètes et si on les commercialise, alors on ne peut pas non plus se considérer comme tel. La poésie devrait-elle donc ne rester que des textes qui ne quittent jamais le carnet d’écriture de son auteur ? Alors comment continuer à faire vivre la poésie dans ces conditions ?

Catégories : DébatsPoésie

eriel_quill

📚 Poétesse & Correctrice autdah engagée pour l'édition responsable 📚

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